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Du stylo fin à Procreate : apprendre à dessiner avec ses outils

Le dessin explique mon processus de création :)

Dessiner, ce n’est pas seulement avoir une idée, puis la poser proprement sur une feuille. C’est souvent commencer sans savoir où l’on va, laisser une forme apparaître, corriger, recommencer, changer d’outil, tricher un peu, puis comprendre que cette “triche” était peut-être juste une autre manière d’apprendre.

17 octobre 2023 – NGCLab. J’ai dessiné depuis l’enfance, avec une pratique qui s’est surtout installée au collège. À l’époque, mon terrain de jeu, c’était la feuille à carreaux, les stylos très fins, les mines à 0,2, les crayons, les feutres, les stabilos. Un matériel simple, presque scolaire, mais qui permettait déjà d’entrer dans des dessins très détaillés, très organiques, construits au fil du trait.

Je ne partais pas forcément avec une idée claire. Souvent, je laissais juste le stylo traîner. Une ligne en appelait une autre. Une forme devenait une structure. Un coin de feuille se transformait en paysage abstrait, en architecture bizarre, en organisme coloré, en petit monde qui n’avait pas demandé la permission avant d’exister. C’était une manière très instinctive de dessiner : commencer quelque part, puis suivre ce qui apparaît.

Le problème, c’est qu’à force de complexifier les dessins, une étape est devenue de plus en plus lourde : repasser les traits noirs après la couleur. Sur papier, cette phase pouvait prendre un temps énorme. Et quand une étape devient trop pénible, même une pratique qu’on aime peut finir par ralentir, puis s’arrêter. Pas par manque d’envie. Plutôt parce que la méthode ne suit plus l’ambition.

Quand l’outil débloque la pratique

Le passage au numérique est arrivé par cette frustration. La première vraie solution a été Photoshop, utilisé avec une tablette à écran d’environ 15 pouces. Le fait de dessiner directement au stylet, avec la pression, sur une surface lumineuse, changeait déjà beaucoup de choses. Je pouvais garder la précision du geste, mais gagner une souplesse énorme dans les corrections, les couleurs, les calques, les essais.

Pendant un moment, j’ai travaillé de manière hybride : dessin sur papier, scan en haute définition, puis colorisation sur Photoshop. Au début, ça donnait presque l’impression de tricher. Comme si le numérique retirait une partie du mérite, ou comme si l’œuvre devait obligatoirement rester enfermée dans son support d’origine pour être “valable”. Cette impression n’a pas tenu très longtemps face au gain de temps, de liberté et de possibilités.

Avec le recul, cette étape raconte quelque chose d’important : les outils ne remplacent pas le travail. Ils déplacent l’effort. Ils permettent parfois de concentrer l’énergie là où elle compte vraiment. Dans mon cas, le numérique ne dessinait pas à ma place. Il me permettait de continuer à dessiner sans être bloqué par les étapes les plus mécaniques ou répétitives.

C’est aussi une leçon très NGCLab : une compétence ne se développe pas uniquement dans la contrainte brute. Elle se développe aussi en fabriquant un environnement qui rend l’effort soutenable. L’art demande des centaines d’heures d’investissement, d’abnégation, de reprises, d’échecs et de patience. Si un outil permet de rester plus longtemps dans le processus, il ne triche pas forcément. Il protège parfois la pratique.

L’iPad, le canapé et la toile qui tourne

L’arrivée de l’iPad et de Procreate a marqué un autre tournant. Je n’ai jamais regretté cet achat. Le geste s’est rapproché encore plus naturellement du dessin traditionnel, avec une différence énorme : tout devenait portable. Je pouvais dessiner dans le canapé, sur un écran éclairé, sans installer un poste complet, sans scanner, sans sortir tout le matériel. Le dessin redevenait disponible.

Le simple fait de pouvoir faire pivoter la toile a aussi changé beaucoup de choses. En tant que gaucher, certains gestes sont moins naturels selon l’orientation du trait. Sur papier, on tourne la feuille, on s’adapte, on évite de frotter l’encre encore fraîche, on compose avec les contraintes. Sur iPad, on tourne la toile en un geste. Ce détail paraît banal, mais il rend le dessin beaucoup plus fluide.

Procreate apporte aussi une quasi-infinité de styles, de pinceaux, de textures, de peintures, de matières. On peut tester, effacer, recommencer, mélanger. Les assistances permettent de tracer des lignes droites, des cercles modifiables, des perspectives plus complexes. Ce ne sont pas des raccourcis magiques. Ce sont des appuis. Des outils qui permettent d’aller plus loin que ce que la main seule aurait autorisé à ce moment-là.

Certains dessins seraient simplement impossibles, ou beaucoup trop longs, avec ma méthode papier initiale. Les changements de perspective, les reprises de composition, les ajustements de couleurs, les agrandissements, les intégrations de références : tout cela devient plus souple. Le numérique ne retire pas le dessin. Il ouvre des bifurcations.

Voir le processus, pas seulement le résultat

Une des fonctions les plus intéressantes de Procreate, c’est le time lapse. L’application enregistre tout le processus de création, trait après trait, étape après étape. On peut revoir un dessin se construire, se perdre, se corriger, changer de direction, trouver son équilibre. Pour certains projets, c’est presque vertigineux. Une toile peut représenter plus de 180 heures de travail, condensées en quelques minutes de vidéo.

Cette fonction est précieuse, parce qu’elle montre ce qu’on oublie souvent dans une image terminée : le chemin. Un dessin final peut donner l’impression d’avoir toujours voulu être comme ça. Le time lapse raconte autre chose. Il montre les hésitations, les essais, les couleurs qui ne marchent pas, les formes effacées, les détails déplacés, les accidents récupérés.

Mon processus reste assez organique. Je commence souvent par les traits noirs. Puis j’explore les couleurs, je retouche, je redimensionne, j’ajoute parfois des photos de référence, des éléments issus de tournages, des jeux de lumière, du relief. Le dessin devient un mélange d’illustration, d’expérimentation visuelle et de mémoire d’images. Il absorbe ce que je fais ailleurs : la vidéo, la photo, les décors, les ambiances, les espaces.

C’est là que le dessin rejoint le reste de mon travail. Ce n’est pas une pratique isolée dans un coin. C’est une manière de penser avec les mains, les outils et les formes. Une manière de chercher des harmonies, des tensions, des équilibres. Une manière de construire sans forcément connaître le plan final dès le départ.

Dessiner comme on construit une vie

Plus le temps passe, plus je vois le dessin comme une métaphore assez juste de la manière dont je construis le reste. On part d’une forme, parfois sans destination précise. On avance. On observe. On efface. On recommence. On découvre qu’une erreur peut devenir une structure. On change d’outil quand l’ancien ne suffit plus. On accepte que certaines étapes demandent du temps, beaucoup trop de temps, puis on cherche comment les rendre possibles sans se dégoûter du chemin.

C’est valable pour un dessin, mais aussi pour une maison, un studio, un projet, un système technique, une manière de vivre. Il faut persévérer, mais pas s’obstiner bêtement. Il faut donner du sens à ce qu’on fait, mais accepter que le sens arrive parfois après le geste. Il faut adapter sa technique, remettre ses habitudes en question, apprendre des outils, sans leur abandonner la direction.

Et puis il faut aussi savoir finir. C’est peut-être une des parties les plus difficiles. Un dessin peut toujours être amélioré. Une ligne peut toujours être reprise. Une couleur peut toujours être ajustée. Un détail peut toujours demander encore deux heures. À un moment, il faut décider que l’image tient debout, qu’elle dit assez, qu’elle peut sortir de l’atelier numérique et continuer sa vie.

C’est une leçon simple, mais pas confortable : finir, ce n’est pas trahir le potentiel d’un projet. C’est lui permettre d’exister.

Cet article accompagne une vidéo NGCLab, mais il parle déjà un peu de Fondations. Parce qu’au fond, tout est là : les outils, les pratiques, les bifurcations, les systèmes, les heures invisibles, les manières de documenter ce qui se construit. Un dessin commence parfois par un trait qui traîne sur une feuille. Puis, si on lui laisse assez de temps, il finit par révéler une architecture.

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