De l’utilisation du CPU à la Nvidia P2000 : comment Frigate est devenu le cerveau silencieux de la maison

1 juillet 2025 – NGCStudio. Il y a quelques années, mon système de vidéosurveillance ressemblait surtout à une expérience scientifique menée un peu trop longtemps sans supervision. Une vingtaine de caméras, des flux dans tous les sens, un serveur qui chauffait comme un radiateur soviétique, et ce bruit permanent de ventilateurs qui donnait l’impression qu’une fusée SpaceX essayait discrètement de décoller dans la baie réseau.

À ce moment-là, la surveillance vidéo n’était déjà plus juste “des caméras”. Dans une maison/studio de presque 400m² où je vis, travaille, accueille des artistes, organise des tournages, des résidences, des événements et des locations, elle était devenue une partie du système nerveux du lieu. Et c’est probablement ça qui change complètement la manière de penser ce genre d’installation.

La vidéosurveillance comme couche invisible du bâtiment

Quand on parle de vidéosurveillance, beaucoup imaginent immédiatement quelque chose de très sécuritaire : surveiller des intrusions, recevoir une alerte, vérifier une caméra depuis son téléphone. Oui, évidemment. Mais dans mon cas, le système a progressivement dérivé vers quelque chose de beaucoup plus large.

Aujourd’hui, mes caméras servent autant à la sécurité qu’à la gestion quotidienne du lieu. Vérifier rapidement qu’un plateau est bien éteint. Voir si quelqu’un est arrivé pendant que je suis en régie. Comprendre pourquoi un automatisme domotique s’est déclenché. Contrôler les accès pendant une location. Vérifier à distance qu’un espace est prêt avant l’arrivée d’une équipe. Ou simplement éviter les dizaines de micro-déplacements inutiles dans une grande maison où tout est réparti sur plusieurs niveaux et plusieurs zones.

Quand on vit seul dans un espace aussi grand, rempli de technique, la charge mentale finit par devenir un vrai sujet. Pas forcément spectaculaire. Juste une accumulation permanente de petites vérifications : les lumières, les accès, le studio, les extérieurs, les machines, les gens qui arrivent, ceux qui repartent… Et honnêtement, une bonne partie de ma domotique sert surtout à ça aujourd’hui : réduire les frictions invisibles du quotidien pour garder de l’énergie mentale disponible ailleurs.

Pourquoi Frigate a changé la donne

Pendant longtemps, j’ai utilisé MotionEye. C’était parfait pour commencer : léger, compatible avec presque tout, très bidouillable. Depuis mon premier studio à Romagnat vers 2010, il m’a accompagné sur énormément d’expérimentations.

Mais plus le système grandissait, plus ses limites devenaient visibles. Parce qu’à partir du moment où vous dépassez une dizaine de caméras, la question n’est plus seulement “comment afficher des flux vidéo”. Il faut comprendre ce qui se passe dans ces flux. Détecter intelligemment des événements. Filtrer les faux positifs. Créer des automatisations réellement utiles. C’est là que Frigate est devenu extrêmement intéressant.

Frigate n’est pas juste un logiciel de surveillance vidéo. C’est plutôt un NVR pensé autour de l’analyse temps réel des flux vidéo. Son principe est assez différent des solutions classiques : au lieu d’enregistrer “tout le temps et tout pareil”, il essaye de comprendre ce qu’il voit grâce à la détection d’objets assistée par IA.

Humains, voitures, animaux, mouvements spécifiques… le système analyse les images en permanence et permet ensuite à Home Assistant de réagir intelligemment. Une caméra détecte quelqu’un dans l’allée ? La lumière extérieure peut s’adapter. Une personne arrive au studio pendant une résidence ? Je peux vérifier rapidement depuis n’importe où sans interrompre ce que je fais. Et surtout : les notifications deviennent enfin utiles. Ce qui est déjà une révolution en soi dans le monde merveilleux de la vidéosurveillance.

Le vrai problème : la vidéo coûte extrêmement cher en ressources

Le problème, évidemment, c’est que traiter plus de 20 flux vidéo simultanément demande énormément de puissance. Très rapidement, mon CPU s’est retrouvé à gérer quelque chose pour lequel il n’était pas spécialement conçu : décoder, encoder, analyser et redistribuer des dizaines de flux vidéo en temps réel. Résultat : CPU à 75–80%, température qui grimpe vers 80°C, ventilateurs en mode soufflerie industrielle et flux live qui commencent doucement à ressembler à un vieux PowerPoint animé sous Windows XP.

Le serveur tourne sous Unraid avec Frigate en Docker, accompagné de Go2RTC pour redistribuer proprement les flux RTSP/WebRTC vers les différentes interfaces. Et clairement, le CPU faisait tout ce qu’il pouvait. Mais on sentait bien que l’architecture atteignait ses limites. C’est là qu’entre en scène la P2000.

Pourquoi une P2000 et pas une grosse RTX “gaming”

C’est un détail qui surprend souvent les gens : les cartes NVIDIA grand public sont artificiellement limitées sur le nombre de flux vidéo encodés simultanément. En gros, une grosse RTX ultra puissante peut parfois devenir moins adaptée qu’une vieille carte pro beaucoup plus modeste dès qu’on parle de vidéosurveillance. Avec plus de 22 caméras, il me fallait surtout une carte capable de gérer énormément de flux en parallèle sans limitation absurde imposée par le marketing.

La Quadro P2000 est un peu devenue le couteau suisse parfait pour ça : faible consommation, stable, support matériel NVENC/NVDEC complet, pas de limitation sur les flux, et un prix encore raisonnable sur le marché de l’occasion. Et la différence a été immédiate.

Quand le GPU reprend enfin le travail vidéo

Une fois l’encodage et le décodage déportés vers le GPU, le serveur a littéralement changé de comportement.

  • Charge CPU : ~75% → ~35%
  • Température CPU : environ -10°C
  • Go2RTC : 40% → 25% CPU
  • GPU : ~5% encodage / ~13% décodage
  • Flux live redevenus parfaitement fluides
  • Enregistrements multiples sans ralentissements

Mais surtout : tout le système est redevenu confortable. Et c’est probablement le point le plus important. Dans un environnement rempli de technique, le vrai luxe n’est pas “d’avoir beaucoup de matériel”. C’est quand le matériel devient suffisamment fiable pour disparaître mentalement.

Coral TPU + GPU : le combo qui change tout

Le bonus inattendu, c’est que le déchargement du CPU m’a permis d’augmenter fortement la fréquence d’analyse du TPU Coral utilisé par Frigate. Le Coral est une petite puce spécialisée dans l’inférence IA temps réel. C’est elle qui s’occupe de reconnaître les objets dans les images. Humains, animaux, voitures… tout passe par là.

En passant de 4 à 9 FPS d’analyse, le système est devenu beaucoup plus précis et réactif. Mon modèle Frigate+ entraîné sur des milliers d’images taguées à la main commence enfin à fonctionner exactement comme je l’espérais : moins de faux positifs, meilleure reconnaissance, comportements plus fiables. Ce qui est appréciable quand on habite au milieu des arbres, des insectes, du brouillard et des plantes qui bougent dans tous les sens dès qu’un courant d’air décide de participer au chaos général.

Le RJ45 quand on peut, le Wi-Fi quand il sauve la vie

Dans l’idéal, évidemment, tout serait câblé en RJ45. Et dès que c’est possible, c’est ce que je fais. La stabilité d’un lien filaire reste imbattable, surtout pour la vidéo temps réel. Mais dans une maison aussi grande et aussi évolutive, il faut aussi accepter la réalité : parfois, le Wi-Fi sauve littéralement le projet.

Le réseau repose aujourd’hui sur une infrastructure Ubiquiti avec six points d’accès UniFi répartis dans la maison et les espaces de travail. Ça permet de garder une couverture très stable pour tous les appareils mobiles, les objets connectés, certaines caméras secondaires et une partie des outils de supervision. Et finalement, toute cette couche réseau est devenue une extension naturelle du studio lui-même. Les flux vidéo, les automatisations, la domotique, les outils de tournage, les systèmes lumière, les accès distants… tout circule dans le même organisme technique.

Parfois je me dis que le Studio ressemble de plus en plus à un petit vaisseau spatial bricolé depuis quinze ans. Un truc vivant, un peu chaotique, rempli de câbles, de capteurs, de machines et d’automatismes improbables. Et honnêtement ? J’adore ça !

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